Alchimie interne daoiste



Introduction:

L’humain fait partie de la nature et il est en inter-action avec elle, les pensées et les désirs sont naturels, mais en excès ils déconnectent l’humain de la nature et apportent les maladies, l’humain cherche ainsi la solution à l’extérieur de lui dans des loisirs ou des fuites alors qu’il a déjà tout en lui-même.
La médecine chinoise nous enseigne qu’il faut suivre les lois de la nature, notamment le cycle des 4 saisons pour être en bonne santé et atteindre la longévité, c’est ce que l’on appelle le Yang Sheng (entretien de la vie).

Ce qu’il y a dans la nature est aussi chez l’humain, la science nous enseigne que nous sommes constitués à plus de 70% d’eau tout commela terre, et une expression chinoise dit:

Le ciel a trois trésors: le soleil, la lune et les étoiles.
La terre a trois trésors: le feu, l’eau et le vent.
L’humain a trois trésors: le Jing (essence), Qi (énergie/souffle), Shen (esprit).

Alors que le processus naturel de l’humain est de la vie à la mort, l’alchimie interne daoiste propose le processus inverse des Shen Xian (immortels): de la mort à la vie (éternelle). L’alchimie interne daoiste présente le corps humain comme un chaudron et utilisant trois médicaments que l’on trouve à l’intérieur de son propre corps, les trois trésors: Jing (essence), Qi (énergie/souffle), Shen (esprit) qu’il faut travailler et raffiner pour en faire “un médicament qui rallonge la vie et empêche le vieillissement.”

Ce chiffre trois revient souvent dans la culture daoiste pour exprimer l’idée de complétude et de stabilité comme on peut le voir avec le tripode.

L’alchimie interne daoiste nous enseigne un travail interne pour deux raisons:

  • la toxicité de l’alchimie externe qui manipule des gaz et métaux très toxiques, beaucoup d’anciens empereurs chinois ont passé toutes leurs vies à chercher les fameux élixirs d’immortalités, mais ils sont morts empoisonnés;
  • l’importance de trouver la solution en soi et pas à l’extérieur, c’est donc un travail spirituel sur l’auto-suffisance, l’appréciation de ce que l’on a déjà, vivre le moment présent et pas sur les remords du passé ou des projections futures trop lointaines. Mais aussi un travail physico-énergetique avec les "médicaments" que l'on a naturellement dans le corps comme le caractère chinois ci-dessous qui se prononce "Yao" utilisé par les daoistes pour désigner le meilleur médicament. L'alchimie interne daoiste propose ainsi d'activer les capacités naturelles d'auto-guérison du corps dans un premier temps, puis de réveiller les capacités extra-sensorielles dans un deuxième temps. 

Ce caractère "Yao" est composé de trois caractères: soi-même, maison, et eau, ce qui veut dire littéralement "les eaux de sa propre maison", mais qui veut dire en fait "nos propres liquides" en pensant particulièrement à deux liquides travaillés grâce au raffinement des 3 trésors que l'on a en soi: le Jing (Essence), le Qi (Souffle vital), et le Shen (Esprit).

Les origines:



Même si l’alchimie interne se dit daoiste, Lao Zi, le fondateur du Daoisme, ne parle jamais d’alchimie interne daoiste ni même d’immortels. Certains pensent que l’alchimie interne daoiste provient de Lao Zi sans que ce dernier utilise ces termes, d’autres pensent que l’alchimie interne daoiste aurait existé bien avant Lao Zi.
On pourrait résumer l’histoire de l’alchimie daoiste en trois parties:

  • Une histoire issue de la mythologie chinoise donne la première source écrite sur de la pilule d’immortalité: il y a 2400 ans avant J.C., Chang E, femme de l’archer Hou Yi, vola un pilule d’immortalité à la Reine Mère de l’Ouest (une déesse daoiste) et s’échappa dans la lune où elle n’en reviendra plus pour devenir la déesse de la lune.
  • Ensuite, il y a des premières traces de techniques alchimiques sous le terme de “Huang Bai Shu” (techniques du jaune et du blanc), des couleurs pour désigner l’or et l’argent ou leurs substituts dans l’ouvrage Huai Nan Zi de la dynastie des Han Occidentaux (206 avant J.C. - 24 après J.C.).
  • Enfin, l’alchimie daoiste est apparue de façon structurée 600 ans après Lao Zi avec le 1er ouvrage qui s’appelle 《Zhou Yi Can Tong Qi》à la dynasie des Han Orientaux (25 – 220 après J.C.) et dont l’auteur est Wei BoYang ( date imprécise 100—170).



Le 《Zhou Yi Can Tong Qi》 utilise le 《Zhou Yi》 (ou 《Yi Jing》Classique des Changements) pour expliquer l’alchimie daoiste, il présente littéralement l’alchimie externe avec son langage spécifique ses gaz et métaux cependant il symbolise aussi l’alchimie interne par analogie.

Mais le 《Han Shu - Yi Wen Zhi》 de Han Gu (32-92 après J.C.) à la dynastie des Han Orientaux, ayant vécu vraisemblablement avant la parution《Zhou Yi Can Tong Qi》présente différentes écoles en séparant très clairement les daoistes, des Shen Xian (immortels), des experts Yin Yang, des experts en médecine chinoise, des experts en pratiques divinatoires, des experts en pratiques sexuelles… alors qu’aujourd’hui, toutes disciplines sont mis dans le même lot du Daoisme.
Ce même《Han Shu - Yi Wen Zhi》 décrit les Shen Xian (immortels) comme ceci: “les Shen Xian (immortels) protègent les véritables Xing et Ming pour s’envoler hors de ce monde.”

A noter qu’à cette même dynastie des Han Orientaux où les《Han Shu - Yi Wen Zhi》et 《Zhou Yi Can Tong Qi》 sont apparus, le Daoisme religieux fondé par Zhang DaoLing (34 -156 ou 178 après J.C.) s’est créé avec des croyances du folklore absorbées, des rites et des formes, de plus le Confucianisme d'Etat s'est établit avec l'Empereur Liu Bang (après l’époque Huang Lao de la Haute Antiquité chinoise), enfin le Bouddhisme d'Inde est apparu en Chine (à travers les peuples du Centre-Asie), ce qui explique les influences confucianistes et bouddhistes sur l'alchimie interne daoiste (de l’autre côté, le Daoisme a influencé le Bouddhisme Chan de la dynastie des Tang et le Néo-Confucianisme de la dynastie des Song). Mais des d’historiens voient la création du Daoisme religieux en réaction face à l’entrée et rapide évolution du Bouddhisme en Chine, ce même Bouddhisme qui aurait aussi influencé l’alchimie interne daoiste par des techniques indiennes de yoga.

Quand les prêtres religieux daoistes actuels voient dans le Daoisme religieux une évolution du Daoisme où Lao Zi a commencé à être divinisé et appelé Tai Shang Lao Jun, d’autres maîtres daoistes y voient une dégradation du Daoisme originel de Lao Zi sans forme tombant dans les rites et les formes, ce qui est mon point de vue mais que je peux comprendre car tout existe pour une raison en réponse à quelque chose.

Après le《Zhou Yi Can Tong Qi》 , on trouve la première trace écrite du terme “Nei Dan” qui veut dire littéralement le “cinabre intérieur" pour désigner l'alchimie interne dans le livre 《Ling Jian Zi》 de Xu Sun (239-374) à la dynastie des Jin Orientaux, le “Dan Tian” était appelé autrefois Xing Qi (circulation du Qi) ou Dao Yin (conduite). Les 3 premiers grands alchimistes daoistes sont Ge Hong (284-364), Tao Hong Jing (456-536) et Chen Tuan (871—989).
Il y a eu entre temps beaucoup d'autres textes sur l'alchimie interne daoiste comme le 《Huang Di Yin Fu Jing》et le 《Huang Ting Jing》(《Classique de la Cour Jaune》).


Parenthèse:

Il y a donc une différence entre d'une part les sagesses des deux fondateurs du Daoisme: Lao Zi et Zhuang Zi qui sont dans le sans forme et non agir et d'autres part l'alchimie interne daoiste dans les formes et l'agir... car quand Lao Zi et Zhuang Zi présentent plutôt un travail de l'esprit, l'alchimie interne daoiste a pris l'alchimie externe qui était dangereuse pour la transformer en alchimie interne sur la base des sagesses de Lao Zi et Zhuang Zi mais avec beaucoup de techniques secrètes, théories complexes, structures, rites, etc... Quand les sagesses de Lao Zi et Zhuang Zi sont impalpable, l’intérêt de l'alchimie interne daoiste est qu'elle permet de présenter une vue d'ensemble du processus alchimique et spirituel.

Il est donc important de souligner que tout est le résultat de l’évolution de l’histoire avec des échanges et des ajouts constants, ce que l’on voit aujourd’hui chez les maîtres daoistes n’a jamais été comme cela à l’époque de Lao Zi où les temples daoistes n'existaient d'ailleurs même pas. Je conseille donc grandement au public occidental d’avoir une bonne compréhension de l’histoire du Daoisme en Chine et de ne pas idolâtrer les maitres daoistes (ni même les maîtres en général), comme je vois dans certains stages en Chine avec des occidentaux qui ont un fantasme pour le maître daoiste comme à la recherche d'un père qui a manqué.  Bien sur, pour un véritable travail spirituel (et pas un travail intellectuel ou universitaire), il est important d’avoir un maître que l’on respecte, écoute et dont en suit l'enseignement, mais qu’il faut voir comme un guide spirituel vers le Dao et pas comme un “gourou” qui par son ego surdimensionné impose sa loi critique, insulte et humilie son disciple comme il arrive malheureusement souvent alors que plus l'on s’élève dans la pratique spirituelle, plus on est dans le détachement et le non soi.

Attention aussi aux maîtres et aux stages qui promettent les secrets ultimes de l’immortalité et de la sexualité, il est préférable d’être posé et de parler de longévité dans un premier temps, et en ce qui concerne l'alchimie sexuelle daoiste, c'est une des plus secrètes parties de l'alchimie daoiste mais qui n'est enseignée qu'à  des disciples avancés, de confiance et de bonne moralité, pas dans des stages ou des livres, car certaines techniques permettent le vampirisme sexuelle (absorber l'énergie de sa partenaire en la vidant de son essence). Après, s'il y a des livres et formations sur l’érotisme et la sexualité pour le bien être, l'harmonie et plaisir du couple dans une relation saine, pourquoi pas mais ne vous attendez pas aux secrètes de l'alchimie sexuelle daoiste comme on pourrait vous le faire croire.

Sur le plan de la transmission, la tradition daoiste veut que l’on se mette à genou devant son maître lors d’une cérémonie d’initiation avec la transmission d’une trace écrite prouvant l’acceptation dans la lignée traditionnelle, une cérémonie difficilement acceptable pour certains occidentaux d'une éducation religieuse monothéiste, mais il s'agit d'une incompréhension et différence culturelle: le maître est un simple guide spirituel, un lien entre le Dao et le disciple, mais il est vrai que des dérives existent comme je viens de l'expliquer plus haut avec certains maitres qui se prennent pour des Shen Xian (immortels), mais la plupart des maitres daoistes sont bons, sains et humbles.
Au-delà de ce rite et de cette forme, mon conseil pour reconnaitre un véritable maître daoiste: une personne simple qui doit rayonner par sa sagesse et sa compassion plutôt que par ses belles histoires théoriques.


Xing et Ming:



Dans l’alchimie daoiste deux métaux sont particulièrement importants et représentent un travail interne:

  • le mercure est un métal liquide, symbolisant ainsi le "Xing" que l’on pourrait traduire par l’esprit ou la “psychologie”, l’esprit est furtif comme le mercure qui bouge. L’esprit qui s’échappe est représenté par un dragon qui s’envole et qu’il faut ramener en soi, dans son cœur/esprit.
  • le plomb symbolise le "Ming" que l’on pourrait traduire par la vie, le corps, le système reproducteur ou la “physiologie”. Trop de sexualité nuit à la santé des reins et donc à la vie et au corps. La sexualité est représentée par un tigre qui nous mange la racine de la vie.

Les chinois anciens fonctionnent par images, on peut y voir une certaine pudeur, ramener et préserver le tigre et le dragon c’est un travail sur la sexualité et l’esprit, et amont cela reste essentiellement un travail spirituel sur les émotions et les désirs.

 
Les écoles:

Il y a deux grandes écoles daoistes: l’école Zheng Yi fondée par Zhang DaoLing (34-156) à la dynastie des Han Orientaux (le fondateur du Daoisme religieux, soit 600 ans après le Daoisme originel et spirituel de Lao Zi) et l’école Quan Zhen fondée par Wang ChongYang (1112-1170) à la dynastie des Song du Sud (1127 – 1279).
Quand l’école Zheng Yi propose des rites shamaniques avec des talismans et peuvent se marier, l’école Quan Zhen propose l’alchimie interne daoiste et le célibat. Cependant, elles ne sont pas opposées contrairement à ce que beaucoup pensent, dans la réalité les talismans et la pratique alchimique se mélangent très bien.

Mais, en dehors des ces 2 écoles daoistes, il y a aussi deux grandes écoles d’alchimie interne daoiste qui se sont divisées à la dynastie des Song.

  • Wang ChongYang fondateur de l’école daoiste Quan Zhen et un de ses 7 disciples Qiu ChuJi (1148 - 1227), fondateur de l’école du Dragon (une sub-division de l’école Quan Zhen), représentent l’école du nord qui propose de travailler d’abord le Xing (esprit ou “psychologie”) et ensuite le Ming (la vie ou “physiologie”): 3 dixième de Ming et 7 dixième de Xing. Wang Chong Yang a établi son école Quan Zhen sur la base de l’union des trois sagesses chinoises: Daoisme, Confucianisme et Bouddhisme, là aussi on retrouve l'importance du chiffre trois pour exprimer l’idée de complétude et de stabilité.
  • Zhang BoDuan, de la dynastie des Song du Nord (960 - 1127), représente l’école du Sud qui propose de d’abord travailler le Ming puis le Xing, il pense que “si le Ming (corps) n’existe pas, est ce que le Xing (esprit) peut exister?” Zhang BoDuan est l'auteur du célèbre livre sur l'alchimie interne daoiste: 《Wu Zhen Pian》. De part ses nombreux poèmes sur le Bouddhisme Chan, beaucoup se demandent si Zhang BoDuan est daoiste ou bouddhiste.

Même s’il y a une divergence entre ces deux écoles sur le Xing et le Ming, toutes deux proposent un travail spirituel et physique pour devenir un Shen Xian (immortel) et monter aux cieux, de plus leurs enseignements sont basés sur l’union des trois sagesses chinoises, ce qui montrent la tolérance et le pacifisme de ces deux écoles daoistes.

Enfin, elles se sont inter-influencées et ont été réunies progressivement à la fin de la dynastie des Yuan et aux dynasties des Ming et des Qing pour ne former qu’un.

Il y a aussi à la dynastie des Ming Lu QianXu de l’école de l’Est, à la dynastie des Qing Liu HanXu de l’école de l’ouest, à la dynastie des Yuan Li DaoChun de l’école du milieu, mais aussi d’autres écoles comme San Feng, Qing Cheng, ZiRan Fa (technique naturelle), Wu Wei Fa (technique du non-agir) etc.

Le travail spirituel et physique de l’alchimie interne daoiste est un travail de raffinement des trois trésors du corps: le Jing (essence), le Qi  (souffle/énergie) et le Shen (esprit), par des techniques secrètes de méditations, de respirations et de l’esprit transmises traditionnellement par une relation de maître à disciple.

《Zhou Yi》(Classique des Changements) et alchimie interne daoiste: 

Il faut des connaissances en 《Zhou Yi》 pour comprendre ce passage, j'ai donc fais au plus simple mais vous pouvez aller directement au paragraphe suivant sur le Dan Tian sans que cela affecte la compréhension de l'article.

Le 《Yi Jing》est le premier classique chinois, le livre fondateur de la pensée chinoise qui a 6500 ans, la troisième version s’appelle《Zhou Yi》qui date de 3000 ans,  d’abord été commenté par Kong Zi (Confucius) et ses disciples 500 ans après avec le《Yi Zhuan》, puis 500 ans encore le 《Zhou Yi》 a été utilisé par le 《Zhou Yi Can Tong Qi》de la dynastie des Han Orientaux, qui est comme nous l’avons vu plus haut le premier livre de l’alchimie daoiste.

《Zhou Yi》 tire son origine de l’astronomie pratiquée par les shamans de la Haute Antiquité chinoise, par l’observation des astres et notamment du plan écliptique (trajectoire du soleil vu de la terre) pour compiler les lois du ciel mais aussi celles de la terre et des humains que l'on peut résumer en lois de la nature.

Le《Zhou Yi》est donc une transcription mathématiques des lois de la nature issue de l’astronomie, cette transcription mathématiques se traduit en 8 trigrammes et 64 hexagrammes

Mais nous allons voir brièvement les 4 trigrammes et 2 hexagrammes les plus importants directement liés à l'alchimie interne daoiste.

Le cœur esprit a pour particularité de bouger et de monter comme le feu, il correspond au trigramme Li.

La sexualité liée aux reins, a pour particularité de descendre et sortir comme l’eau, il correspond au trigramme Kan.

Le feu (trigramme Li) qui monte et l’eau (trigramme eau) qui descend sont représentes par l’hexagramme Wei Ji exprimant, donnant certes l’impression d’une représentation de la nature mais il s’agit en fait d’une déconnexion et non réalisation: le feu vers le haut et l’eau vers le bas vont dans des directions opposées et ne communiquent donc pas.

Le but de l’alchimie interne daoiste et de faire descendre le feu et de faire monter l’eau, la transformation se fait dans le ventre dans la Cour Jaune par la respiration et le travail de l’esprit.

Ainsi, le feu et le trigramme Li sera en bas, alors que l’eau et le trigramme Kan sera en haut pour former l’hexagramme Ji Ji exprimant la réalisation et la communication.

Le Li (feu) en haut et le Kan (eau) en bas correspond aux 2 des 8 trigrammes du Ciel Postérieur, alors que l’alchimie intérieure daoiste cherche à revenir à l’état de Ciel Antérieur, représenté par le trigramme Qian (ciel) en haut et le trigramme Kun (terre) en bas.

Le travail alchimique consiste à prendre :
-    le trait Yin au milieu du trigramme Li (feu) pour le mettre dans le trigramme Kan et ainsi qu’il se transforme en trigramme Kun. 
-    le trait Yang au milieu du trigramme Kan (eau) pour le mettre dans le trigramme Li et ainsi qu’il se transforme en trigramme Qian.

Ainsi, c'est le passage de l’état du Ciel Postérieur pour retourner à l’état Ciel Antérieur, Lao Zi parle dans le 《Dao De Jing》de retour à l’état embryonnaire pré-natal.

Dan Tian ou champs de cinabre: 

Il y a trois Dan Tian que l’on appelle champs de cinabre en français:

  • En haut, le Dan Tian supérieur appelé le palais de NiWan, est derrière le point Yin Tang (du vaisseau gouverneur Du Mai) entre les deux sourcils, il correspond à épiphyse ou glande pinéale, appelé aussi l’œil céleste qui ouvre la porte au monde invisible des Shen Xian (immortels) et à la médiumnité.
  • Au milieu, le Dan Tian moyen situé entre les deux mamelons sur le point Tan Zhong du vaisseau concepteur (Ren Mai).
  • En bas, le Dan Tian inférieur, situé à un cun trois sous le nombril, est le lieu de stockage du Qi emmagasiné et contenu dans une pilule énergétique qui peut bouger à souhait.

On peut faire une comparaison entre ce Dan Tian inférieur et le cerveau abdominal qui est une grande avancée mais aussi un grand mystère de la science moderne, cependant le savoir daoiste va encore plus loin.

Le cerveau et le cerveau abdominal sont liés anatomiquement par le nerf vague mais aussi énergétiquement par des deux des huit plus importants vaisseaux extra-ordinaires: vaisseau gouverneur (Du Mai) et vaisseau concepteur (Ren Mai), c’est ce qu'on appelle dans le langage de l’alchimie interne daoiste: “la petite circulation céleste”. Une bonne position du corps, en particulier du dos est donc importante dans la méditation assise pour que les muscles, veines et nerfs soient détendus mais aussi que les canaux d’énergie (les méridiens) puissent circuler librement et s'ouvrir au Dao.

A partir de cette harmonisation du corps, il faut harmoniser la respiration et l’esprit, on a ainsi les 3 harmonisations qui sont la base de l’alchimie interne daoiste dont nous allons voir le processus.

Le processus alchimique interne:

Quand la médecine chinoise parle de Qi il utilise ce caractère du 气 , écrit 氣 en caractère traditionnel pour désigner le Qi du Ciel Postérieur (le Qi que nous respirons et le Qi des aliments que nous absorbons) alors que les daoistes utilisent un autre caractère: 炁 avec la même prononciation "Qi" pour désigner le Qi du Ciel Antérieur, ce dernier caractère 炁 est composé en haut d’un caractère qui ressemble à 无 "wu" invisible mais qui se prononce "ji" et en bas la clef du feu, exprimant l’idée de quelque chose d’invisible mais d’une force active sous-jacente.

  • Travailler le Jing (essence) pour le transformer en Qi  (souffle/énergie): 炼精化炁;
  • Travailler le Qi (souffle/énergie) pour le transformer en Shen (esprit): 炼炁化神;
  • Travailler le Shen (esprit) pour revenir au vide: 炼神还虚;
  • Travailler le vide pour s’unir avec le Dao (voie cosmique): 炼虚合道.

La finalité de l’alchimie interne daoiste est de devenir un Shen Xian (immortel) et de s’unir avec le Dao… il est en effet clairement décrit dans les textes de l’alchimie interne daoiste qu’il faut raffiner les médicaments subtils de son corps pour sortir de sa coquille physique et s’élever dans les cieux en vue de l’immortalité de l’âme… mais une autre compréhension du travail alchimique interne nous enseigne que l’immortalité daoiste serait en fait une prise de conscience sur un état du moment présent avec la fin de son ego autonome et permanent… on retrouve ainsi la sagesse du Bouddhisme.

Je vais finir par une belle phrase de Lao Zi dans le chapître 5 du 《Dao De Jing》:
“qu’importe les beaux discours ou d’avoir lu beaucoup de livres, rien ne vaut de garder le juste milieu.”

Je vis en Chine à Beijing depuis plus de 10 ans, j’ai visité la plupart des temples et montagnes daoistes de Chine comme le Temple des Nuages Blancs de Beijing et le Mont WuDang dont je suis un des traducteurs interprètes.
Après avoir rencontré plusieurs maitres daoistes, je suis devenu disciple de maître Zhu, maître et médecin daoiste de 89 ans, son père était un maître daoiste de la fin de la dynastie des Qing.

 Je propose deux enseignements, sur:

  • l’alchimie interne daoiste telle que l’on a connait généralement avec ses techniques de méditations, respirations et de travail de l’esprit basé sur l’enseignement de la tradition familiale de maître Zhu et les 2 principales cartes daoistes: Nei Jing Tu et Xiu Zhen Tu que j’ai traduis personnellement;
  • un travail spirituel basé sur l’union des trois sagesses chinoises: Daoisme, Confucianisme et Bouddhisme. Pour la partie daoiste, je présente les origines du Daoisme d’avant la dynastie des Han avec principalement les sagesses de Lao Zi et Zhuang Zi qui sont dans le sans forme et le non agir.

Copyright © 2015 Lokmane Benaicha.
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